Pourquoi le cumul est-il un fléau ?

Voici, en 12 thèses, pourquoi le cumul des mandats et des fonctions est l’un des pires fléaux de notre vie publique et pourquoi il est indispensable de s’en débarrasser :

1. Le cumul des mandats électifs n’est que la partie émergée de l’iceberg. Il s’accompagne toujours d’autres responsabilités publiques, parapubliques ou privées : exercice d’une profession, autres mandats et fonctions au Parlement ou dans les organismes extra-parlementaires, présidences d’organismes satellites des collectivités territoriales, présidences d’associations, fonctions dans les partis, etc. Souvent titanesque est ce « reste ».

2. Le cumul est une insulte permanente aux pauvres, aux chômeurs, à l’immense majorité de la population, tant par les rémunérations perçues que par la quantité de postes occupés. Il est l’un des symboles de l’accroissement des inégalités dans nos sociétés.

3. Le cumul transforme l’élu en un maniaque de l’agenda, doublé d’un schizophrène, qui ne sait plus où donner de la casquette. Il induit un manque de sérieux dans le travail et il provoque l’absentéisme à tous les niveaux : au Parlement français ou européen, au niveau local ou régional. Comme le dit le proverbe, « qui trop embrasse, mal étreint ».

4. Le cumul entraîne des inégalités entre élus et contribue au gaspillage de l’argent public consacré à l’entretien de la classe politique : plus on cumule, moins on a le temps de faire usage de ses rémunérations, de ses indemnités pour frais de collaborateurs, de représentation ou annexes, alors qu’on en possède bien davantage que ceux qui ne disposent que d’un seul mandat.

5. Le cumul favorise les conflits d’intérêts. Par le jeu des dispositifs légaux (plans d’urbanisme, permis de construire, délégations de service public, partenariats public-privé, appels d’offre, etc.) et des connivences personnelles, directes ou indirectes, qui viennent les subvertir, il contribue à l’enrichissement des plus fortunés ou des mieux placés, à la privatisation des services publics au profit des grands groupes, et il entraîne ainsi, bien souvent, la corruption de l’élu, avec ou sans enrichissement personnel. Par là, le cumul est l’antithèse de la politique, au sens premier et noble du terme : il transforme les « affaires de la Cité » en « cité des Affaires ».

6. Le cumul, passé un certain temps, transforme l’élu en un baron local, un autocrate, « addict » au pouvoir. Il quadrille son territoire grâce à son réseau d’adjoints, favorise certains de ses concitoyens au détriment des autres, et se forge ainsi ses obligés, ses clientèles qui contribueront à sa réélection. Avec plus ou moins d’habileté, il devient un gestionnaire de sa carrière, qui bétonne sa circonscription afin d’empêcher l’arrivée de concurrents, venus de son propre parti ou de partis opposés. Individu calculateur sur le marché des postes, s’adonnant à une politique de plus en plus politicienne, il en vient à négliger, voire oublier, le sens même de son mandat, de la parcelle de souveraineté populaire qui lui a été consentie : représenter, servir, fidèlement et à égalité de traitement, l’ensemble de ses concitoyens, et non se servir lui-même ou les siens.  Par là, le cumul est, une nouvelle fois, l’antithèse de la politique : il transforme « l’élu de la Cité » en « cité de l’Élu ».

7. Le cumul, passé un certain temps, ne corrompt pas seulement l’esprit de l’élu mais altère aussi celui de l’électeur. Le premier se croit propriétaire de ses mandats et fonctions, se glorifie personnellement des réalisations effectuées grâce à l’argent public dont la gestion lui a été confiée. Souvent, d’ailleurs, il le gaspille alors, en dépenses de prestige, de communication ou en équipements collectifs surdimensionnés. De son côté, l’électeur s’habitue à croire à la toute-puissance de l’élu, apprécie les « bienfaits » dispensés par ce petit homme providentiel, lui en attribue l’entière paternité, alors même qu’ils ne sont jamais que le fruit de la contribution collective et appartiennent, de ce fait, à tous.

8. Le cumul est, au moins en partie, responsable de la surabondance française des niveaux de pouvoir et d’administration, chaque nouvelle structure créant de nouveaux postes à pourvoir et à distribuer. Il concourt, de cette façon encore, au gaspillage de l’argent public, au renforcement des pratiques clientélistes et participe de la bureaucratisation généralisée, publique ou publico-privée, de la société.

9. Le cumul est en étroite connivence avec le caractère monarchique de la Ve République. Comme tout part et tout revient à l’Elysée, tout se concentre autour de l’autocrate local.

10. Le cumul est en étroite connivence avec la confiscation des médias. S’il n’est pas toujours vrai que plus on cumule, plus on monopolise l’attention des médias, la règle souffre néanmoins, hors campagnes électorales ou personnalités particulières, bien peu d’exceptions. Et comme dans les médias, une petite minorité de journalistes cumule beaucoup aussi, il se fabrique des complicités de milieux, des reconnaissances et accointances entre « élites », qui nuisent à l’apparition du plus grand nombre et empêchent l’instauration d’un véritable pluralisme, médiatique et politique.

11. Le cumul isole l’élu et dépossède l’électeur de son bulletin de vote, creuse le fossé entre gouvernants et gouvernés. Il contribue au sentiment d’impuissance du citoyen, au rejet de la classe politique, et ainsi à l’abstentionnisme électoral, voire au « tous pourris ». Il freine le renouvellement des représentants du peuple et empêche l’accès du plus grand nombre aux responsabilités, notamment les femmes, les jeunes et les gens des classes populaires.

12. Le cumul résume, à lui seul, les principaux travers de la démocratie représentative : il transforme les élus en (prétendus) professionnels de la politique, la démocratie en une oligarchie et bafoue autant le pouvoir du peuple que l’indépendance des pouvoirs. Sa limitation est ainsi décidée, votée par des gens qui sont juges et parties.

Ces 12 thèses ne sont naturellement pas exhaustives. N’hésitez pas à nous envoyer vos contributions !

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